Le désir en question (2008)

Je lui parlais de mon été avec grand élan et beaucoup de détails. Elle ne disait rien. Je me suis arrêtée. Comme ça.

J’en disais trop.

Dans le silence, il y a la possibilité de faire vivre l’existence d’un corps. Dans la parole qui suit, la nature d’une voix se fait entendre.

Une voix qui n’est plus anecdotique.

*

Le désir de l’inconfort d’une vision.

À l’instant, je reste prisonnière d’une dérive.

Il fait soleil, mais l’intérieur est gris, neutre, sans importance.

Une tension fait vibrer la surface et porte à la réflexion.

Respirer l’air d’une tranquillité.

*

Ce qui est original n’est pas nécessairement singulier.

 *

L’attente d’une réponse qui ne vient pas.

*

J’ai revu Island Empire de David Lynch. Une histoire d’adultère, un meurtre. Tout est dans la manière de faire vibrer l’image et le son. Son film est construit comme une peinture.

Je voudrais aller là où il va : dans l’irreprésentable d’une représentation.

*

J’en disais trop.

Aller à l’essentiel demande une grande écoute de soi.

Une écoute de ce qui vient tranquillement.

*

Aller au bout de soi-même.

Ce sera une exposition la semaine prochaine, un deuxième vernissage. Le premier je n’étais pas là, disparue dans les méandres de ma folie.

Et si je m’en allais.

J’ai peur. Peur de perdre pied. Encore une fois.

L’angoisse de me retrouver sans voix, de perdre la tête.

La dernière fois, je n’ai pas su affronter tous les regards portés sur moi.

*

Quand je parle du désir, les mots me manquent.

Je ne sais plus ce qu’est le désir.

Le désir me fait délirer. Si bien que parfois je me demande si c’est bien ça désirer.

 

 

 

 

 

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Revenir à Paul-Émile Borduas (2017)

Journal de la promeneuse. 2016. Encre acrylique sur papier. 12″ x 9″. Photo: Paul Litherland.

« En classant les dessins sur les qualités expressives (l’authenticité de l’expression est la qualité la mieux cachée qui soit à son auteur), à la longue il était apparu à l’élève que moins il réussissait à atteindre les buts de ses désirs, et plus la note accordée était haute. Ce qui était juste. Mais la véritable signification de ce jugement échappait encore à son intelligence, à savoir que : la conséquence est plus importante que le but. La conséquence étant la qualité morale imprimée à l’acte ; le but, l’espoir de la possession entrevue par l’acte. (…) » Borduas, Projections libérantes, écrit I, Presse de l’Université de Montréal, 1987, p.447.

Cette qualité morale dont parle Borduas vient avec la singularité. Ce « singulier » vient avec la recherche et le travail, puis une attention continuelle à soi, à ce qui est proche de soi. Cette reconnaissance dans l’acte de ce qui est à soi prend du temps à venir. Et quand elle arrive enfin, il est si facile de le délaisser pour répondre à la demande de l’Autre.

*

En parlant de l’enseignement à l’école du meuble, Borduas dit ceci : « Notre enseignement est sans amour : il est intéressé à fabriquer des esclaves pour les détenteurs des pouvoirs économiques ; intéressé à rendre ces esclaves efficaces. Nous dépensons beaucoup d’énergie et des millions dans ce but, mais nous ne pouvons trouver présentement ni personne ni un sou pour exalter les dons individuels qui seuls permettent la maîtrise. » Borduas, Projections libérantes, écrit I, Presse de l’Université de Montréal, 1987, p.477.

Les époques changent, mais le fond reste identique. L’éducation artistique produit des « artistes » en série. Rares sont les enseignants qui cherchent à distinguer la qualité morale chez leurs étudiants.