Au plus simple (2008)

L’artiste Alfredo Jaar raconte : « I strongly believe in the power of a single idea. So the most difficult thing for me and, I think, for most artists is to clean up to arrive at the essence. Most art works today try to say thirty-seven things at the same time. I try exactly the contrary. When you reach that essential idea, it’s extraordinary. »

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Louise Bourgeois (2008)

Louise Bourgeois écrit « l’art, c’est la douleur de ne pas pouvoir s’exprimer vraiment, d’exprimer ses relations intimes, son inconscient, de faire suffisamment confiance au monde pour s’exprimer directement dans ce monde. L’art c’est essayer de rester sain dans cette situation, essayer d’être sain temporairement en s’exprimant soi-même. »

Comme le dit encore Louise Bourgeois, moi ne m’intéresse guère.

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Derrière, caché, le chemin qui mène à la rivière (2008). Acrylique et médiums mixtes sur toile. 137 x 107 cm. Photo: Richard-Max Tremblay.

La méthode de Peter Brook (2008)

Peter Brook raconte être toujours tendu entre l’intuition que tout va pour le mieux et cette autre voix qui lui dit de faire attention, que ce n’est peut-être pas là où il faut aller. Tendu entre ces deux extrêmes, il implique dans son processus de création des acteurs. Il avance tout en ne sachant pas où mèneront ses pas. Des doutes l’assaillent et, tout à coup, à force de travail et par une sorte de miracle, une voix se fait entendre : il est dans la bonne direction et quelque chose prend forme.

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Sans titre. 2008. Acrylique et médiums mixtes sur toile. 122 x 153 cm. Photo: Richard-Max Tremblay.

 

 

Les carnets (2008)

Il pleut à verse.

« Défaite de soi. Se retirer, laisser parler; se retirer et laisser parler notre langue; se retirer et laisser parler les couleurs. Toute l’action du peintre, de l’acteur, du poète, est de se retirer de la peinture, du rôle, des paroles. Laisser peindre la matière et laisser penser les mots. » Novarina, Pendant la matière, p.124.

Un train passe, puis une voiture…

Je me laisse guider par le souffle de mes pas.

« Écrire avant d’avoir des idées; peindre avant que la pensée sèche. » Novarina, Pendant la matière, p.121.

L’amour m’indispose.

J’ai commencé à lire les carnets de André Major. Il raconte comment ses carnets ont été écrits à partir de ses pensées vagabondes autour du quotidien. Les carnets sont un diapason qui nous font réaliser ce qui est en train d’advenir au moment du dire en s’adressant à un autre, un lecteur éventuel.

J’entends ici le silence.

André Major mentionne également que le carnet est une façon de se mettre en scène. Dans cette mise en scène, il y a une certaine fausseté qui permet au propos d’être encore plus vrai.

La trop grande réalité d’une chose m’en éloigne. Dans toute chose, une part de rêve est nécessaire. Ce sont ces rêves qui continuent de nous faire espérer.

L’essentiel et rien d’autre (2017)

Je m’en tiens à l’essentiel, c’est-à-dire à peu de choses.

Je n’arrive pas à croire au monde actuel, à ce qui l’enveloppe et le fait exister de l’extérieur.

Je n’arrive pas à oublier cette question : pourquoi y suis-je ?

Oublier m’est impossible. Me distraire, très peu.

Là où je marche, c’est là où je parle. Une quête qui ne me quitte pas.

J’avance, je défriche une voie. Avec le dessin, la peinture, l’écriture et les lectures, je cherche à ouvrir un champ d’expérience. Ce champ, je le porte dans mes gestes quotidiens, dans mes conversations avec les autres, dans mon rapport à mon compagnon, dans ma maison, dans mon atelier, dans mon sommeil, dans ma manière de manger, de respirer, de m’habiller. Je suis ce champ en acte. Pourtant, je le porte comme une chose qui ne m’appartient pas. Je le porte comme une parole qui me traverse sans m’appartenir, mais dont je suis la courroie de transmission. Je dois défricher ce champ pour mon prochain. Je porte le monde comme une chose précieuse qui doit exister pour l’espoir et l’avenir. Je porte la question de son existence depuis toujours. Sans doute, est-ce une représentation imaginaire et n’y suis-je pour rien dans le cours de l’histoire. Et pourtant la nécessité de dire est plus forte que le désir d’avoir.

L’envers de la pensée (2008)

« Au plus intime, personne. Il n’y a personne au fond de la personne. En moi, il n’y a personne au fond. Tous, nous nous ouvrirons par dedans. » Novarina, Pendant la matière, p.120.

La pensée va d’elle-même. Elle avance. Elle ne se retourne pas. Et voilà que je ne suis plus là. La pensée m’a dépassée et me fait dérailler. Comment atteindre cet état d’ouverture et d’abandon sans perdre le fil de la raison ? Telle est la souffrance à laquelle je suis confrontée quotidiennement.

Et Novarina de continuer : « (…) J’ai perdu toute intention d’écrire, de peindre, de dessiner, moment où la parole a lieu toute seule, comme devant moi, hors de moi. Je n’ai jamais supporté l’idée que quelqu’un fasse quelque chose. (…) Je n’ai jamais écrit aucun de mes livres. » p.65.

Aller au fond de ce que l’on a dire pour découvrir qu’au fond, il n’y a rien, le fond s’avère toujours plus loin, jamais atteignable. Sentir que le corps s’échappe, qu’il se perd.

Le voile existe toujours entre soi et soi. Le désir porte ce qui se cache vers l’apparaître.

Le peindre avec insouciance et peut-être que dans cette absence de fixité quelque chose d’irréversible verra le jour. C’est souvent dans ce presque rien, qui semble détaché de soi au moment du faire que quelque chose de plus irreprésentable naît.

Parfois, l’impression de saisir quelque chose qui correspond à la justesse désirée semble envahir notre champ de perception et le recul fait apparaître l’illusion de cette coïncidence entre le désir et l’objet. Parfois, au contraire, au moment de l’acte tout semble aller de travers, la connexion ne semble pas s’établir entre soi et l’objet créé. Mais le temps passant, l’objet apparaît étonnamment plus exact et plus porté de désir que nous le croyons au départ.

Les mots ne disent le réel que par une torsion qui nous en fait apparaître les sous-entendus, bien que rien ne soit caché derrière.

À savoir que rien n’est gagné à l’avance, je m’avance à petits pas sur une corde tendue au-dessus du vide dans l’espoir d’attraper au vol le papillon.

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Photo: Richard-Max Tremblay.

Clairière de l’être (2008)

« Vous essayez de la peindre, cette présence, vous essayez, vous essayez, vous n’arrivez pas, bien sûr, mais c’est cela qui vous fait peindre – ou faire des photos, ou écrire – et c’est cela qui fait que vous avez une œuvre. L’infini s’ouvre. La « clairière de l’être », c’est cette ampleur de présence, qui contient évidemment de l’absence, en tout cas sa possibilité. » Pierre Jacerme, Introduction à la philosophie occidentale, Héraclite, Parménide, Platon, Descartes, Paris : Pocket, p.52.

Le désir (2008)

Je suis portée par un désir. Je pensais ne plus jamais être inspirée, inspirée par quelqu’un. L’inspiration pourtant me déporte de ce quelqu’un pour me tenir plus justement au bord de ce désir qui n’a au fond aucun objet. En effet, là où je vais, il n’y a rien. Mais ce rien se transforme très vite en quelque chose d’inespéré.

Bob Dylan et ce film qu’on a fait sur lui : I’m not there… Je retiens de ce qu’il est ce désir plus fort que tout de ne pas se laisser enfermer dans une image. La liberté est d’abord là, dans ce jeu qu’on peut avoir avec soi-même. Il est artiste en ce qu’il a su inventer sa vie. Est-ce folie ou génie? La frontière parfois oscille entre les deux.

Et si j’écrivais un roman… La transposition se ferait en couleur, en lignes, en signes, en silence.

Plus j’entreprends une transposition, plus la source de l’inspiration devient inaccessible. Il reste le symbole ou la représentation.

Une vie parallèle (2017)

Cercle noir d'ivoire, 2017.
Cercle noir d’ivoire, 2017. Acrylique sur toile, 122cm x 91,5cm. Photo: Paul Litherland.

À vingt ans, on se disait que c’était temporaire, qu’un jour on y arriverait –

Arriverait à épouser le mouvement qui porte les autres à avoir –

Être dans le cours des choses.

Et puis à trente ans, on est toujours sur le même chemin. On est toujours sur une voie où il n’y que quelques étrangers comme soi, mais on se dit –

On se dit qu’à la fin de la trentaine on y arrivera. Peut-être.

Puis, arrive quarante ans. Et on est toujours sur ce chemin que nous avons commencé à tracer depuis vingt ans, un chemin où il n’y a personne ou presque, sinon des morts, des êtres qu’on rencontre dans les livres, les expositions, les concerts.

On se rend compte alors de la portée du geste qui nous a animé vingt ans plus tôt, geste banal à l’époque, mais qui aujourd’hui, avec le chemin parcouru, trouve toute sa réalité. C’est là, maintenant, qu’on éprouve l’écart qui ne cessera de s’accentuer entre la vie des autres et la sienne. Une vie qui a comme point d’horizon la liberté.

C’est là qu’on se rend compte du poids du geste fait à l’époque. Avoir une vie parallèle pour toujours. En marge. Des autres. De son époque.

Le poids de la singularité, c’est à quarante ans qu’il commence à être éprouvé. Pour toujours.

La Chine de Fabienne Verdier (2006)

Fabienne Verdier est allée en Chine dans les années 80 pour apprendre la calligraphie et la peinture. En Chine, elle vivait d’une bourse donnée par le gouvernement chinois. Elle a été d’abord exclue de la vie quotidienne des Chinois ne parlant aux autres étudiants que dans les toilettes, car là seulement ils n’étaient pas surveillés par les autorités. Puis, un jour, elle a su lire l’écriteau qu’on avait mis sur la porte de sa chambre. Il y était écrit que si on dérangeait l’étrangère, on était passible de renvoi de l’université. En voyant cet écriteau, elle fut prise de colère et alla le montrer au directeur de l’école. Comprenant sa frustration, il lui permit de manger avec les autres étudiants. Elle commença alors à faire partie de la vie étudiante. Déçue de ne trouver en Chine que des cours issus de la révolution culturelle, elle se mit à la recherche d’un maître pour lui apprendre ce qu’elle était venue chercher en Chine : l’apprentissage de la calligraphie et la peinture de paysage. Une fois trouvé, ce maître accepta de lui enseigner la tradition à condition que la jeune peintre y reste dix ans pour parfaire son apprentissage. Elle décida sur un coup de tête de tenter l’expérience et c’est là que tout commença. L’amour de l’étranger lui fera vivre une expérience inoubliable qui changea considérablement sa vision de la peinture et de la vie. Après plusieurs mois de travail avec le maître à toujours tracer les mêmes traits, il arriva un moment où elle fut totalement perdue, ne sachant plus pourquoi elle était venue et ce qu’elle faisait là à toujours tracer des signes qui ont l’air de rien. C’est à ce moment que son maître lui dit qu’elle commençait à comprendre ce qu’était la peinture.