Une présence (2008)

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Journal intime (2008)

Dans l’endormitoire de mes sentiments, une porte s’est ouverte et je ne suis plus capable de l’oublier. Quelque chose n’a pas été terminé.

Je suis habitée par sa présence, une présence marquée d’absence, de dépouillement, de filaments d’impressions.

Je fais dans le très peu et c’est là que j’y réussi le mieux. Le peu qu’il reste à dire.

Du collage, des transferts de photos. J’additionne, ajoute. Avec des traits très graphiques. Savoir s’arrêter à temps, c’est vrai en dessin, c’est vrai dans les rapports avec l’autre.

Je n’aurais pas envie d’insister.

Fausser la vie.

J’y mets de la figure, du mouvement, des taches. Du corps. Faire respirer la surface.

Le souffle tranquille d’une voix qu’on n’arrive pas à oublier. Le regard porté sur soi avec désir. Les silences qui nous font être ensemble.

Travailler l’écriture comme une peinture, c’est-à-dire en mettre le plus possible devant soi et ensuite éliminer, découper, retrancher, reformer.

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Journal intime, détail (2008)

 

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Le rien comme présence (2005)

 

La parole ne vient de l’objet qu’en tant que l’objet ne s’impose pas frontalement à soi, qu’il se présente obliquement.

La parole est toujours trompeuse. Elle ne va pas où je vais, elle passe.

Savoir que le rien est quelque chose, qu’il transporte avec lui une présence. Je ne suis jamais totalement dans le rien, quelque chose de cette absence s’impose. L’absence appelle une présence. Mais cette présence qui surgit de l’absence n’est pas un objet opaque : il fuit. Ce quelque chose qui surgit du rien, m’y renvoie également. Je suis dans le rien comme avec quelque chose d’intime qui ne se laisse pas fixer en une image.

Je suis entre le sommeil et la veille.

Toucher l’absence de mots pour qu’une voix plus proche advienne.

Toucher le silence.

D’un point de vue tactile, le silence forme une enveloppe réconfortante, comme le ventre maternel.

Le monochrome est cette absence dans la peinture. Il est le point de rupture qui permet à la peinture de revivre. Il est le degré zéro qui donne la portée aux gestes à venir.

Le blanc et le noir sont la couleur du rien. Un monochrome blanc ou noir est doublement proche du rien.

Tout ne se révèle pas. Quelque chose manque. Le monochrome manque de tout. Pour cette raison nous nous sentons libre en sa présence.

Dans tout ce qui s’écrit, il y a ce qui ne s’écrit pas. Le silence de l’écrivain rejoint le silence du peintre.

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Mes prières dansées au pinceau (détail). 2005. Acrylique sur papier mylar, papier. Photo: Guy L’Heureux.