Les lieux de Bob Dylan (2008)

J’y ai mis sa tête. Pour l’autre, cette tête est anonyme. Pour moi, elle est très intime. De l’avoir mise là me donne l’impression d’avoir ouvert une porte.

Mes dessins parlent de voyage et de voyage en tant que mouvement d’ouverture à l’autre dans le cercle des intimes.

Il faut aller dans la respiration d’une idée.

Ma méthode est de rester au plus près d’une recherche de paroles quand elle s’ancre dans la matière et d’en faire surgir la pensée.

J’écoute Bob Dylan et comme lui, je voudrais occuper ce lieu sans nom, sans visage, ce lieu où hier, aujourd’hui, demain sont dans la même chambre, un lieu où tout est possible.

Oublie et retourne à la complexité de la vie, parce que ce qui est simple n’est qu’un rêve.

Embrasse-moi, mais jamais.

En inventant ma vie, je rends possible des mouvements qui me portent ailleurs que dans les clichés.

La normalité est souvent une notion remplie de névroses.

Vivre à l’extérieur de soi pour être heureux, c’est toujours la réponse que nous donne une société avide de produits de consommation.

La technique peut devenir une prison dans laquelle on pense trouver son salut.

Je pratique non pas l’abstraction de ce que je vois d’une réalité qui me ferait face, mais plutôt l’abstraction d’une essence d’expérience. Cette essence n’est pas une entité désincarnée au-dessus du réel, mais le concentré d’un sentiment, d’un rapport à l’objet.

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Caresse (2008), acrylique et médiums mixtes sur toile, 153 x 122 cm. Photo: Richrd-Max Tremblay.
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Résister (2017)

La peinture est une poésie visuelle. Rien au-delà. Rien en de ça. Tout est là donné au regard. Encore faut-il savoir regarder.

La culture ne vient pas d’une suite de concepts, d’idées ou de revendications sociales inscrits sur le cartel d’une œuvre d’art. Elle concerne l’être dans son rapport le plus profond à l’existence. Elle appelle une recherche individuelle.

On n’explique rien. On cherche et dans cette recherche quelque chose émerge qui fait penser, c’est-à-dire qui ouvre le champ de la sensibilité à quelque chose d’inédit et d’inespéré.

Il y a trop d’images, comme le dit si bien Bernard Émond. Ce qui s’oppose à l’image, c’est la visibilité qui tisse un lien très étroit avec l’invisible.

Cet invisible n’est pas d’une autre nature que le visible, il appelle un possible, un au-delà devant soi, une ouverture, un espace de liberté.

Aujourd’hui, résister, c’est préserver cet espace de visibilité et de liberté.

La pensée en matière (2008)

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Sans titre. 2008. acrylique et médiums mixtes sur toile, 153 x 122 cm. Photo: Richard-Max Tremblay

J’aspire à un objet, un point de départ qui me fasse découvrir des avenues inconnues. Dans les derniers dessins exécutés ces derniers jours, j’ai débuté avec de vieux papiers, des bouts de végétaux que j’ai collés sur la surface à dessiner. Je cherche à me déprendre de la représentation. J’intègre ces éléments étrangers à mes compositions pour les ouvrir à l’inespéré.

De la pensée du sensible, du palpable, de la pensée en matière, en texture, en relief, la peinture n’est pas une simple représentation ou évocation du Réel, elle est également mouvement de réflexion et bouleverse notre conception du monde. Le corps n’est pas toute animalité, il est aussi, et plus justement près de la culture, une pensée en acte.

L’intime a toujours à voir avec un trouble. L’intime c’est le désir à l’état pur, un désir pour l’autre corps, mais un désir aussi pour l’ailleurs qui est évoqué à l’occasion de cette rencontre avec l’autre.

Le poème impossible (2017)

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Je ne saurais écrire de la poésie. Le poème m’est impossible. Dans mon cas, il n’y a que rapport de couleurs, de taches et de signes.

Ce que j’aimerais dire par le poème, je le peins avec des éléments visuels qui n’appellent aucune représentation.

Je peins une abstraction sensible.

Il n’y a rien à voir au-delà.

Pourtant, à savoir regarder, on éprouve quelque chose. Quelque chose nous est donné à voir.

Ce n’est plus ce que figure le monde. C’est de la beauté pure comme une équation mathématique.

La contemplation de cette « forme » infigurable atteint l’être par delà ce qu’il imagine du monde.

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René Lapierre (2017)

« Parlez-moi, descendez dans ma faiblesse, ma naïveté.

elles sont ma seule

humanité ; possiblement

j’en ai peur, mon unique bonté. »

René Lapierre dans Les Adieux, Herbes rouges 2017, p.131.

 

« Un jour je m’aperçus

que je ne savais pas être

au milieu de plusieurs. Un jour je crus

à nulle part ; un jour je partis.

 

Ne fus rien

que moi seul, et dans cet abîme, contre

tout bon sens, décidai

d’espérer. »

René Lapierre dans Les Adieux, Herbes rouges 2017, p.98.

 

« Sans doute aurons-nous

toujours mal ;

peu importe

il faut –

 

– il faut continuer.

Dans l’amour il n’y a pas

que des images, nous devons

nous préparer.

 

Mon dieu, me dis-je

chaque nuit ; comme

cela nous enserre, nous étreint

comme cela nous –

 

– meurtrit. Toi, à qui te donnes-tu ?

Et toi, et toi

et vous : à quelles images, quels abus

vous abandonnez-vous ? »

René Lapierre dans Les Adieux, Herbes rouges 2017, p.110-112.