Les lieux de Bob Dylan (2008)

J’y ai mis sa tête. Pour l’autre, cette tête est anonyme. Pour moi, elle est très intime. De l’avoir mise là me donne l’impression d’avoir ouvert une porte.

Mes dessins parlent de voyage et de voyage en tant que mouvement d’ouverture à l’autre dans le cercle des intimes.

Il faut aller dans la respiration d’une idée.

Ma méthode est de rester au plus près d’une recherche de paroles quand elle s’ancre dans la matière et d’en faire surgir la pensée.

J’écoute Bob Dylan et comme lui, je voudrais occuper ce lieu sans nom, sans visage, ce lieu où hier, aujourd’hui, demain sont dans la même chambre, un lieu où tout est possible.

Oublie et retourne à la complexité de la vie, parce que ce qui est simple n’est qu’un rêve.

Embrasse-moi, mais jamais.

En inventant ma vie, je rends possible des mouvements qui me portent ailleurs que dans les clichés.

La normalité est souvent une notion remplie de névroses.

Vivre à l’extérieur de soi pour être heureux, c’est toujours la réponse que nous donne une société avide de produits de consommation.

La technique peut devenir une prison dans laquelle on pense trouver son salut.

Je pratique non pas l’abstraction de ce que je vois d’une réalité qui me ferait face, mais plutôt l’abstraction d’une essence d’expérience. Cette essence n’est pas une entité désincarnée au-dessus du réel, mais le concentré d’un sentiment, d’un rapport à l’objet.

Guylaine 19(web)
Caresse (2008), acrylique et médiums mixtes sur toile, 153 x 122 cm. Photo: Richrd-Max Tremblay.
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La méthode de l’atelier (2005)

Je suis allée à mon atelier ce matin peindre mes petites toiles et les accrocher au mur pour les faire sécher et aussi pour voir comment elles vont ensemble. Je les fais sans y penser, sans prévenir. Je les fais simplement avec le désir d’aller plus loin, au-delà.

Rouge, j’ai peins en rouge. Les tableaux bleus sont sur le mur déjà. Le blanc viendra peut-être après ou encore le vert.

Je suis en train d’apprendre la patience.

Seulement une ligne, ou deux, qui s’enchaînent l’une à la suite de l’autre. Attendre la prochaine phrase, sur le qui-vive. Ma méthode est toute simple. Il s’agit de suivre le cours de l’expérience.

Quand je peins, j’écoute les pensées qui me viennent dans une sorte de méditation sur l’essentiel qui me tient là, en suspens de tout.

Mon projet de grandes bandes transparentes, mes Chorégraphies, est terminé. Il correspond à un moment d’ascèse. Maintenant je suis dans l’abondance de la couleur. Je donne beaucoup, je retiens moins. Cette transformation me déstabilise. Que faire avec ce don de soi ?

Je vais à l’atelier avec le sentiment d’aller faire un travail enfantin. Je vais jouer avec les couleurs et le papier. Je m’écarte de mon rapport à l’autre pour suivre un désir sans objet, un désir étranger.

Je fais de tout petits tableaux que je mets ensuite dans de petites enveloppes que je fabrique. Le trait sur ces petits tableaux n’est pas effacé avec le gros pinceau comme l’est le trait sur les petits tableaux que j’épingle au mur. Les tableaux épinglés au mur suivent la forme d’une bande à la verticale, assez large pour créer un effet de chute. Ces tableaux vont du plafond jusqu’au plancher. Je place ensuite les petits tableaux enveloppés, au bas, par terre, comme s’ils venaient de tomber du mur.

De cette façon, la peinture devient un objet qu’on peut toucher, prendre dans nos mains. Mes petits tableaux sont comme de petits secrets qu’on peut découvrir sans toutefois les déchiffrer totalement. Ils s’adressent à tout le monde et à personne à la fois. Je montre sans dévoiler.

Je n’en fais pas beaucoup à la fois, simplement deux ou trois heures et puis je m’arrête.

La main ne fait pas. Elle est là. Qui attend. Qu’attend-elle ? Une poussée de parole, une agitation, un fragment d’expérience qui demande à se dire. Je ne sais pas. C’est difficile. C’est confus. Ça ne vient pas.

J’ai peint ce matin une partie du plancher de mon atelier en blanc. Comme le mur est aussi blanc, les petits tableaux au sol seront en plus grande continuité avec les tableaux au mur. Il me restera ensuite les tableaux verts à placer au mur. Je le ferai plus tard.

Le peintre pense en peinture, c’est-à-dire que sa peinture est une manière de savoir et d’ouvrir un horizon de pensée. Cette pensée jaillit du concret et y retourne. La pensée du peintre est sa manière d’exister avec la toile et ses pinceaux. Penser est synonyme d’exister dans le faire.