La distance-intime (2012)

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Écrire le paysage #8 (2012), acrylique et médiums mixtes sur toile, 89 x 114 cm. Photo: Paul Litherland

Il me faut une distance, un écart par rapport à « moi » pour pouvoir faire œuvre et rejoindre l’autre du lieu de son intimité. Cette distance ne doit pas être abstraite et trop éloignée de l’existence. Elle doit s’inscrire dans l’intimité d’un rapport, d’une mémoire, d’une vie. C’est ce que j’appelle une distance-intime.

Elle s’inscrit d’abord dans le style d’une écriture, une manière d’entendre ce que dit l’affect à la parole. Quand l’écriture commence, elle puise dans l’affect en soi. Ce dernier est la source de la parole écrite. C’est le lieu de l’intime. Le style au contraire est la distance, la mise en forme de l’affect.

Écrire, c’est entendre un ton, un rythme, un timbre, une expression. La voix rapproche ce qui s’éloigne dans la forme. Écrire d’un seul jet, comme la voix peut le faire. Dans ce jet, être à l’écoute de la manière dont se place le lien étroit entre l’affect et la musique qu’il sous-tend.

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Une présence (2008)

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Journal intime (2008)

Dans l’endormitoire de mes sentiments, une porte s’est ouverte et je ne suis plus capable de l’oublier. Quelque chose n’a pas été terminé.

Je suis habitée par sa présence, une présence marquée d’absence, de dépouillement, de filaments d’impressions.

Je fais dans le très peu et c’est là que j’y réussi le mieux. Le peu qu’il reste à dire.

Du collage, des transferts de photos. J’additionne, ajoute. Avec des traits très graphiques. Savoir s’arrêter à temps, c’est vrai en dessin, c’est vrai dans les rapports avec l’autre.

Je n’aurais pas envie d’insister.

Fausser la vie.

J’y mets de la figure, du mouvement, des taches. Du corps. Faire respirer la surface.

Le souffle tranquille d’une voix qu’on n’arrive pas à oublier. Le regard porté sur soi avec désir. Les silences qui nous font être ensemble.

Travailler l’écriture comme une peinture, c’est-à-dire en mettre le plus possible devant soi et ensuite éliminer, découper, retrancher, reformer.

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Journal intime, détail (2008)

 

L’intime (2008)

L’intime. Tout l’enjeu est là. Ces événements du quotidien qui me font réfléchir, qui me font dessiner et peindre concernent mon être au monde. Comment dès lors « je », mon corps, me déjoue-t-il? Comment me fait-il rencontrer l’autre sur mon chemin de manière singulière, en dehors de tout cliché? J’échappe à la représentation. Comment de ce constat, le mettre en image ? Contradiction qui me fait réfléchir et pose problème à la peinture. Comment faire un journal intime, journal de secrets, de pensées inavouables, de désirs refoulés, tout en restant pudique ? Car la pudeur est peut-être la peur que le corps éprouve à se laisser enfermer dans une image qui ne le concerne qu’en partie. Dire l’intime, c’est toujours prendre le risque de ne pas être entendu dans toute sa complexité.

Entrer plus profondément dans la réalité de l’intimité et la complexité du sujet me fait perdre des certitudes. La certitude n’appartient qu’aux ignorants. J’ai peur et l’autre aussi.

Guylaine 17(web)
Dessous féminins (2008), acrylique et médiums mixtes sur toile, 153 x 122 cm. Photo: Richard-Max Tremblay