Ne plus être (2018)

Je suis à l’extérieur de moi.

Dehors, il fait noir.

À l’intérieur, je ne sais plus ce que c’est.

Peut-être faut-il céder et prendre le risque de perdre.

De perdre ce qu’il reste d’attache pour retrouver le sens à soi.

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L’essentiel et rien d’autre (2017)

Je m’en tiens à l’essentiel, c’est-à-dire à peu de choses.

Je n’arrive pas à croire au monde actuel, à ce qui l’enveloppe et le fait exister de l’extérieur.

Je n’arrive pas à oublier cette question : pourquoi y suis-je ?

Oublier m’est impossible. Me distraire, très peu.

Là où je marche, c’est là où je parle. Une quête qui ne me quitte pas.

J’avance, je défriche une voie. Avec le dessin, la peinture, l’écriture et les lectures, je cherche à ouvrir un champ d’expérience. Ce champ, je le porte dans mes gestes quotidiens, dans mes conversations avec les autres, dans mon rapport à mon compagnon, dans ma maison, dans mon atelier, dans mon sommeil, dans ma manière de manger, de respirer, de m’habiller. Je suis ce champ en acte. Pourtant, je le porte comme une chose qui ne m’appartient pas. Je le porte comme une parole qui me traverse sans m’appartenir, mais dont je suis la courroie de transmission. Je dois défricher ce champ pour mon prochain. Je porte le monde comme une chose précieuse qui doit exister pour l’espoir et l’avenir. Je porte la question de son existence depuis toujours. Sans doute, est-ce une représentation imaginaire et n’y suis-je pour rien dans le cours de l’histoire. Et pourtant la nécessité de dire est plus forte que le désir d’avoir.

Le paysage de Guay (2005)

J’aimerais créer un paysage. Ce serait un paysage comme ceux que crée Guay dans son journal. Il y aurait peut-être un chien aussi, dans ce paysage, un chien trois couleurs comme je les aime. Le compagnon de Guay est absolument là à la surface du tableau. « Démon » qu’il se nomme. Celui-ci a remplacé l’autre qui est mort.

Dans le paysage de Guay, la table est embourbée de toutes sortes de choses utiles et inutiles : clés, tabac, lampe, etc. Mais à l’intérieur, là où l’écriture prend forme, «c’est pauvre de tout[1] ».

Quand il arrive à écrire, il sent qu’il a fait quelque chose de sa journée. Il est heureux.

Il désire le moins possible, car « tout désir empêche la cueillette du meilleur[2] ». Le meilleur, c’est encore et toujours ce qui, dans le paysage de Guay, vient de l’intérieur. Le meilleur, pourrait-on dire, vient quand on quitte l’ordre du besoin pour se tourner vers un désir sans objet.

Ce meilleur ne vient pas sans angoisse. Il se tient entre la « force et la douceur[3] ». Pour arriver là où il se trouve, il a dû lutter contre cette tendance qui nous fait remplir le temps qui passe. Il est ailleurs, en dehors de tout ce qui fait notre monde moderne.

La parole se fait toujours sur fond de ruines. Si rien n’est perdu, rien n’est à retrouver par l’écriture.

[1] Guay, fragments…, p.20.

[2] Ibid.

[3] Ibid., p.21.