La méthode de Peter Brook (2008)

Peter Brook raconte être toujours tendu entre l’intuition que tout va pour le mieux et cette autre voix qui lui dit de faire attention, que ce n’est peut-être pas là où il faut aller. Tendu entre ces deux extrêmes, il implique dans son processus de création des acteurs. Il avance tout en ne sachant pas où mèneront ses pas. Des doutes l’assaillent et, tout à coup, à force de travail et par une sorte de miracle, une voix se fait entendre : il est dans la bonne direction et quelque chose prend forme.

Guylaine 20(web)
Sans titre. 2008. Acrylique et médiums mixtes sur toile. 122 x 153 cm. Photo: Richard-Max Tremblay.

 

 

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Les lieux de Bob Dylan (2008)

J’y ai mis sa tête. Pour l’autre, cette tête est anonyme. Pour moi, elle est très intime. De l’avoir mise là me donne l’impression d’avoir ouvert une porte.

Mes dessins parlent de voyage et de voyage en tant que mouvement d’ouverture à l’autre dans le cercle des intimes.

Il faut aller dans la respiration d’une idée.

Ma méthode est de rester au plus près d’une recherche de paroles quand elle s’ancre dans la matière et d’en faire surgir la pensée.

J’écoute Bob Dylan et comme lui, je voudrais occuper ce lieu sans nom, sans visage, ce lieu où hier, aujourd’hui, demain sont dans la même chambre, un lieu où tout est possible.

Oublie et retourne à la complexité de la vie, parce que ce qui est simple n’est qu’un rêve.

Embrasse-moi, mais jamais.

En inventant ma vie, je rends possible des mouvements qui me portent ailleurs que dans les clichés.

La normalité est souvent une notion remplie de névroses.

Vivre à l’extérieur de soi pour être heureux, c’est toujours la réponse que nous donne une société avide de produits de consommation.

La technique peut devenir une prison dans laquelle on pense trouver son salut.

Je pratique non pas l’abstraction de ce que je vois d’une réalité qui me ferait face, mais plutôt l’abstraction d’une essence d’expérience. Cette essence n’est pas une entité désincarnée au-dessus du réel, mais le concentré d’un sentiment, d’un rapport à l’objet.

Guylaine 19(web)
Caresse (2008), acrylique et médiums mixtes sur toile, 153 x 122 cm. Photo: Richrd-Max Tremblay.

Notes pour une éthique de la création (2017)

Avoir la foi en la recherche du sens.

Cette recherche passe dans un faire et dans une parole à partir de ce faire.

La foi vient d’une nécessité intérieure. Ce n’est pas une foi en Dieu, mais dans un Logos à découvrir, à créer.

La foi se fait sentir si rien de l’extérieur nous porte à ce faire, à ce dire.

La nécessité de ce faire et de ce dire s’éprouve dans l’être quand le regard de l’Autre nous déporte de cette recherche.

La nécessité vient uniquement de soi.

Si la recherche à travers ce faire et ce dire cesse, l’existence perd de son sens.

Le sens est dans la recherche elle-même.

Le Dire donne de la consistance au faire.

Faire uniquement, c’est comme se perdre dans un travail.

Travailler sans plus avoir d’espace pour la pensée, c’est perdre le sens, c’est perdre la vie.

La pensée qui s’ancre dans un faire c’est la vie elle-même.

Créer sans une activité réflexive c’est enterrer la vie.

Créer = Penser = Faire = Dire.

Je n’écris pas pour expliquer ce que je fais, mais pour donner une autre dimension à ce que je fais.

Dire ouvre le faire au sens.

Le sens s’incarne dans le faire et se dévoile dans le Dire.

Dire, c’est faire surgir le sens.

Écrire, c’est permettre au Dire de se poser.

Écrire, c’est ouvrir la possibilité du sens.

Dire et écrire sont deux facettes du déploiement du sens.

Pour garder active la recherche de sens, il ne faut pas céder sur son désir.

Être sujet désirant est la condition de cette recherche.

Le désir est le guide de cette recherche.

Ce désir n’a pas d’objet empirique, sinon intentionnel ou pulsionnel.

Quand le désir se perd, on ne peut plus parler de création, plutôt d’artisanat.

Le désir sans objet se laisse apparaître dans les lieux troués de l’œuvre, là où ça ne coïncide pas.

Le Dire, c’est toujours le dire à quelqu’un. Ce quelqu’un, il se peut qu’il n’entende pas.

La fermeture de l’autre à cette recherche intime du sens est source de souffrance, d’angoisse et de solitude.

Être seul avec ce désir de sens conduit à la folie.

Le créateur doit avoir un ou des autres sur qui compter, c’est ce qui lui permet de continuer.