L’auto… (2012)

S’il y a une parole autobiographique, c’est dans la mesure où j’utilise des affects liés à des situations et des personnages qui habitent ma mémoire et ma vie. Il ne s’agit pas de décrire minutieusement les faits exacts, mais d’en retenir l’essentiel : l’affect qui est une sensation après coup, une autoréflexion sensible.

Cet affect est transposé ensuite dans une voix, écrite puis dite. La parole qui est issue de cette mise en forme n’est plus celle du « moi », mais du « sujet », tel que l’entend la psychanalyse. Le sujet est repérable dans mouvement de la parole, dans la manière dont cette parole se dit, s’exprime, s’oriente, se synthétise. Le sujet est dans le geste de l’écriture et dans la voix, dans le corps du texte.

Écrire dans un paysage-010
Écrire le paysage #9 (2012), acrylique et médiums mixtes sur toile, 89 x 114 cm. Photo: Paul Litherland

L’auto-énonciation (2012)

L’auto-énonciation est l’acte par lequel le sujet se dit lui-même. Il s’auto-énonce, il se prend lui-même comme sujet de l’énoncé sans savoir pour autant ce qu’il énonce. Il se découvre dans l’acte d’énonciation. Ce veut dire qu’il ne cherche pas à traduire ou à construire son identité qui existerait en dehors de l’énonciation. Il se fait dans l’acte d’énonciation quand l’énonciation cherche à se dire elle-même. Le sujet est un point vide, qui sans cesse échappe à la maîtrise. Dans l’auto-énonciation, il y a un souci de vérité, mais encore faut-il savoir ce qu’on entend par ce terme controversé.

« La vérité lacanienne, aussi abyssale et refoulée soit-elle, n’en reste pas moins la vérité d’un désir, c’est-à-dire d’un sujet. Il est vrai qu’il pouvait difficilement en aller autrement en psychanalyse. Le patient n’y est-il pas convié à se raconter, c’est-à-dire se révéler à soi-même sur le mode de l’auto-représentation et de l’auto-énonciation ? Aussi Lacan rappelle-t-il inlassablement que le « domaine » de Freud « est celui de la vérité du sujet. (…) Il s’agit de la réalisation de la vérité du sujet, comme d’une dimension propre qui doit être détachée dans son originalité par rapport à la notion même de réalité » (S I, 29). En effet, importe peu en analyse que le discours du sujet soit conforme ou non à la réalité, importe seulement qu’il s’y dise lui-même dans sa vérité. (…) Mieux encore, la vérité s’oppose à la réalité, dans la mesure où elle ne surgit que dans le discours dans lequel le sujet se dit lui-même en niant ou en « néantisant » le « réel ». (…) Le sujet, en un mot, ne « réalise » sa vérité que dans le discours où il s’auto-représente ou s’auto-énonce en réduisant la réalité (la sienne y comprise) à néant. » (Mikkel Borch-Jacobsen, Lacan, le maître absolu, p.134-135.)

« Tout ce qui anime, ce dont parle toute énonciation, c’est le désir. » (S IX, 129)

« L’« auto » (c’est-à-dire le sujet) de l’énonciation ayant été réduit très littéralement à rien (à ce rien qu’« est » l’être et/ou le désir comme né-ant), il s’en tire en effet très logiquement que la vérité est une apparition/disparition du sujet de l’énonciation dans le sujet de l’énoncé. » (ibid., p.136)

Le sujet s’y dit comme rien, comme pur désir de soi.

Écrire dans un paysage-006
Écrire le paysage #6 (2012), acrylique et médiums mixtes sur toile, 89 x 114 cm. Photo: Paul Litherland