Poser la question (2018)

Saint-Denis Garneau rapporte ces mots de Tchékhov : « … ce que fait l’auteur, ce n’est pas tant résoudrela question de se la poser. Il faut que la question soit posée. Cela met, à mon avis, une très belle ligne de démarcation entre le vrai et le faux écrivain. »

Et Garneau de continuer : « Que la profondeur d’un homme se révèle par la question qu’il pose et la puissance de son intelligence par la réponse qu’il apporte. On a fait un grand pas dans la connaissance d’un homme quand on connaît la question qui s’offre à la base de cette conscience. On a fait un grand pas dans la connaissance de son cœur. Et dans celle de son esprit quand on sait comment il se la pose. » (Journal, Montréal : Beauchemin, 1963, p.61-62.)

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L’abstraction en peinture ne véhicule aucun message politique ou critique sociale. Elle est sans prétention. Elle pose la question de l’au-delà, c’est-à-dire de l’arrière-plan. J’espère, je désire, je veux aller vers… Qu’y a-t-il derrière, au loin ? Je ne sais pas. Je suppose quelque chose. Je ne me représente rien. Du moment où je me représente trop cette chose, il n’y a plus d’espérance. Je m’arrête ou je recommence à chercher dès que quelque chose se pose. La profondeur d’une peinture vient avec l’absence d’objet ou d’image de cet objet. Le point de mon attention : le lointain, ce qui vient toujours à la suite. L’horizon est mon avenir.

Pour voir plus loin, je me pose à travers des taches, des signes que je place devant cet horizon, non pas pour le cacher, mais pour le faire apparaître. Là-bas se voit parce qu’il y a un ici où je suis.

Ces taches et ces signes s’entremêlent, s’entrelacent, ils dansent les uns avec les autres à l’orée de cet horizon du lointain. Je ne m’imagine jamais cette danse avant de la poser sur la toile. Chaque intervention est un événement où une forme émerge de nulle part, mais trouve sa place dans l’ensemble.

Une peinture me surprend toujours, sinon je la dis éteinte. Une peinture vivante est un étonnement. De cet étonnement surgit son sens.

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Abstraction (2008)

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Désir d’abjection (2008), acrylique et médiums mixtes sur toile, 153 x 122 cm. Photo: Richrd-Max Tremblay.

Il s’agit d’aller au cœur du sentiment tout en restant à l’écart. Au cœur, il y a l’étrangeté et dans l’étrangeté, une universalité.

L’abstraction fait parfois dire des naïvetés sous une apparence de complexité.

Me laisser porter par les vagues, par le courant d’une rivière et ne sentir que l’air frais entre les feuilles qui m’effleurent la peau. J’ai envie d’aller dehors, dans la nature. Même si la nature est d’abord à l’intérieur, c’est-à-dire aussi à l’extérieur, l’intérieur et l’extérieur n’étant que l’envers et l’endroit d’une même réalité.