Au plus simple (2008)

L’artiste Alfredo Jaar raconte : « I strongly believe in the power of a single idea. So the most difficult thing for me and, I think, for most artists is to clean up to arrive at the essence. Most art works today try to say thirty-seven things at the same time. I try exactly the contrary. When you reach that essential idea, it’s extraordinary. »

Publicités

État de survie (2008)

Guylaine 23(web)L’exil est une manière radicale de s’isoler du monde extérieur tout en restant civilisé.

Être dans un état de survie donne parfois l’élan nécessaire pour aller plus loin qu’on ne se l’était imaginé. L’exil est une façon de se placer volontairement dans cet état d’intensité excessive.

Louise Bourgeois (2008)

Louise Bourgeois écrit « l’art, c’est la douleur de ne pas pouvoir s’exprimer vraiment, d’exprimer ses relations intimes, son inconscient, de faire suffisamment confiance au monde pour s’exprimer directement dans ce monde. L’art c’est essayer de rester sain dans cette situation, essayer d’être sain temporairement en s’exprimant soi-même. »

Comme le dit encore Louise Bourgeois, moi ne m’intéresse guère.

Guylaine 14(web)
Derrière, caché, le chemin qui mène à la rivière (2008). Acrylique et médiums mixtes sur toile. 137 x 107 cm. Photo: Richard-Max Tremblay.

À la campagne (2008)

Guylaine 15(web)
Sur le chemin qui mène à la frontière (2008), acrylique et médiums mixtes sur toile, 137 x 107 cm. Photo: Richard-Max Tremblay.

J’entends le bruit de l’eau de la rivière aux brochets couler au loin. Et autour le silence, un silence qui me donne envie de continuer à méditer.

Quelques oiseaux piaillent. Une cigale chante au soleil.

Ce matin, j’étais au bord de la rivière, ce midi sur la table de la terrasse arrière et cet après-midi sur la petite chaise en haut près de la fenêtre. Ces changements ravivent mon esprit.

L’objet peut être à côté de soi, tout comme en soi, tout dépend du point de vue où l’on se trouve.

La méthode de Peter Brook (2008)

Peter Brook raconte être toujours tendu entre l’intuition que tout va pour le mieux et cette autre voix qui lui dit de faire attention, que ce n’est peut-être pas là où il faut aller. Tendu entre ces deux extrêmes, il implique dans son processus de création des acteurs. Il avance tout en ne sachant pas où mèneront ses pas. Des doutes l’assaillent et, tout à coup, à force de travail et par une sorte de miracle, une voix se fait entendre : il est dans la bonne direction et quelque chose prend forme.

Guylaine 20(web)
Sans titre. 2008. Acrylique et médiums mixtes sur toile. 122 x 153 cm. Photo: Richard-Max Tremblay.

 

 

Les carnets (2008)

Il pleut à verse.

« Défaite de soi. Se retirer, laisser parler; se retirer et laisser parler notre langue; se retirer et laisser parler les couleurs. Toute l’action du peintre, de l’acteur, du poète, est de se retirer de la peinture, du rôle, des paroles. Laisser peindre la matière et laisser penser les mots. » Novarina, Pendant la matière, p.124.

Un train passe, puis une voiture…

Je me laisse guider par le souffle de mes pas.

« Écrire avant d’avoir des idées; peindre avant que la pensée sèche. » Novarina, Pendant la matière, p.121.

L’amour m’indispose.

J’ai commencé à lire les carnets de André Major. Il raconte comment ses carnets ont été écrits à partir de ses pensées vagabondes autour du quotidien. Les carnets sont un diapason qui nous font réaliser ce qui est en train d’advenir au moment du dire en s’adressant à un autre, un lecteur éventuel.

J’entends ici le silence.

André Major mentionne également que le carnet est une façon de se mettre en scène. Dans cette mise en scène, il y a une certaine fausseté qui permet au propos d’être encore plus vrai.

La trop grande réalité d’une chose m’en éloigne. Dans toute chose, une part de rêve est nécessaire. Ce sont ces rêves qui continuent de nous faire espérer.

Rose bonbon et jaune citron (2008)

Je cherche l’incongruité, l’inconfort dans la cohérence.

J’entre tranquillement à l’intérieur de quelque chose, les contours se définissent par la vie tranquille d’une journée pluvieuse.

Le rouge m’attire, le rose me révulse et je les mets côte à côte dans un dessin.

Sans y mettre une image, deux couleurs mises en relation suffisent à engendrer des expressions intimes.

Rose bonbon et jaune citron avec un gris bleuté. Une peinture d’Agnes Martin avec un gribouillage de Cy Twombly.

Je commence à entremêler des formes géométriques avec un mouvement gestuel.

J’aime les débordements, les moments où je découvre le nouveau là où je ne m’y attendais pas.

 

Exposer sa solitude (2018)

2018-02-14-ChevarieDorval-012
Espace du dedans. 2018. Acrylique sur toile. 61 x 61 cm (chaque tableau). Photo: Paul Litherland.

Je ne sais plus d’où je pars pour affronter le monde.

Les heures, les jours passent. Rien pour les retenir.

Il y a la mort qui pointe au loin.

Ici, j’essaie d’y échapper. Ici, j’essaie d’être.

Peindre m’est essentiel. Écrire me vient naturellement à la suite du tableau.

Il y a une exposition.

Des regards anonymes vont voir mes tableaux.

Ces regards sont lointains.

Seuls des regards extérieurs peuvent voir mes tableaux, mais je ne sais pas s’ils ont envie de les voir ni s’ils sont capables de les voir.

Exposer, c’est rencontrer la solitude de l’autre, en être atteint, mais ne pas pouvoir y remédier. C’est lancer une perche en sachant qu’elle ne reviendra pas.

Il y a des tableaux sur les murs. Ce sont mes tableaux. Je le sais parce que je me rappelle les avoir faits. Je les regarde, mais je ne les vois pas. Je ne vois pas mes tableaux. Je suis trop à l’intérieur d’eux pour les voir. Ils ne me font pas désirer. Je suis déjà quelque part ailleurs, tendue vers le prochain projet.

Ce projet en sera un d’écriture.

Abstraction (2008)

Guylaine 16(web)
Désir d’abjection (2008), acrylique et médiums mixtes sur toile, 153 x 122 cm. Photo: Richrd-Max Tremblay.

Il s’agit d’aller au cœur du sentiment tout en restant à l’écart. Au cœur, il y a l’étrangeté et dans l’étrangeté, une universalité.

L’abstraction fait parfois dire des naïvetés sous une apparence de complexité.

Me laisser porter par les vagues, par le courant d’une rivière et ne sentir que l’air frais entre les feuilles qui m’effleurent la peau. J’ai envie d’aller dehors, dans la nature. Même si la nature est d’abord à l’intérieur, c’est-à-dire aussi à l’extérieur, l’intérieur et l’extérieur n’étant que l’envers et l’endroit d’une même réalité.

Les lieux de Bob Dylan (2008)

J’y ai mis sa tête. Pour l’autre, cette tête est anonyme. Pour moi, elle est très intime. De l’avoir mise là me donne l’impression d’avoir ouvert une porte.

Mes dessins parlent de voyage et de voyage en tant que mouvement d’ouverture à l’autre dans le cercle des intimes.

Il faut aller dans la respiration d’une idée.

Ma méthode est de rester au plus près d’une recherche de paroles quand elle s’ancre dans la matière et d’en faire surgir la pensée.

J’écoute Bob Dylan et comme lui, je voudrais occuper ce lieu sans nom, sans visage, ce lieu où hier, aujourd’hui, demain sont dans la même chambre, un lieu où tout est possible.

Oublie et retourne à la complexité de la vie, parce que ce qui est simple n’est qu’un rêve.

Embrasse-moi, mais jamais.

En inventant ma vie, je rends possible des mouvements qui me portent ailleurs que dans les clichés.

La normalité est souvent une notion remplie de névroses.

Vivre à l’extérieur de soi pour être heureux, c’est toujours la réponse que nous donne une société avide de produits de consommation.

La technique peut devenir une prison dans laquelle on pense trouver son salut.

Je pratique non pas l’abstraction de ce que je vois d’une réalité qui me ferait face, mais plutôt l’abstraction d’une essence d’expérience. Cette essence n’est pas une entité désincarnée au-dessus du réel, mais le concentré d’un sentiment, d’un rapport à l’objet.

Guylaine 19(web)
Caresse (2008), acrylique et médiums mixtes sur toile, 153 x 122 cm. Photo: Richrd-Max Tremblay.