Être sans savoir (2019)

Je suis une aventurière, une exploratrice qui va à la recherche non pas de terres et de mers étrangères, mais de territoires intérieurs. Ces territoires sont universels, mais je m’y consacre depuis ma propre expérience.

Dans cette intériorité, je ne sais jamais ce que je vais y découvrir. Parfois, je m’arrête devant l’ampleur du travail à réaliser. Devant cette forêt vierge, je ne sais pas par quelle ouverture y pénétrer. C’est le cas depuis quelques jours: un texte en chantier que je ne sais comment poursuivre, une nouvelle série de tableaux qui attendent là derrière que je m’y remette sans savoir comment y revenir.

Je suis muette. J’ai perdu le fil. Je suis en pause. En arrêt. Figée.

La couleur seule comme peinture (2009-2010)

La couleur seule comme peinture, je n’en suis plus certaine. Un tableau qui a une existence par lui-même en dehors de l’installation, je pense ne pas y revenir. La peinture est morte en moi. Pour l’instant. Le cadre du tableau m’emprisonne. Je cherche à rejoindre l’espace devant et derrière la peinture. La surface seule, je ne sais plus comment faire. Mon geste sur une toile n’a plus de sens. Je ne sais plus penser en dehors de l’installation. Le cadre s’élargit jusqu’à la dimension de la pièce. L’œuvre n’existe pas dans l’espace, elle est cet espace animé par la couleur.

La mort et la création (2009-2010)

« L’absence ne comporte ni perte ni mort. L’absence est un état intermédiaire, à mi-chemin entre la présence et la perte. Un excès de présence, et c’est l’intrusion, un excès d’absence, et c’est la perte. Le couple absence-présence ne peut être dissocié. Mais il faut faire un effort considérable pour tolérer l’absence, la différencier de la perte et pour donner au monde de la présentation son plein rôle : imagination et pensée. Seule l’absence de l’objet peut stimuler l’imagination et la pensée. » André Green, La folie privée, Paris :Gallimard, 1990. p.139 Cité dans Ross, Ciaran, Aux frontières du vide, Beckett : une écriture sans mémoire ni désir, Amsterdam et New-York : Rodopi, p.195.

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« Pour parler, nous devons voir la mort, la voir derrière nous. Quand nous parlons, nous nous appuyons à un tombeau, et ce vide du tombeau est ce qui fait la vérité du langage, mais en même temps le vide est réalité et la mort se fait être. » p.324 Dans « La littérature et le droit à la mort » dans La part du feu, Maurice Blanchot.

La raison d’être de l’écrit ou de la peinture doit être une manière d’échapper à la mort, de dire ce qui reste sans voix sans cette forme. J’écris ou je peins pour échapper au silence et pour y revenir.

L’expression doit venir de la nécessité de changer la perception du monde. Sinon, elle doit rester silencieuse. De cette immersion silencieuse, elle trouvera peut-être la raison de sa voix, qui sera autre et inattendue.

Quelque chose de la couleur s’impose. Je ne suis pas certaine de m’y tenir. Un désir d’aller plus loin. De dire peut-être. Les mots reviennent d’eux-mêmes.

J’ai le sentiment de ne pas être arrivée à ce que je suis. J’espère sans jamais y parvenir. Je vois autour de moi des créateurs plus jeunes que moi avec une œuvre déjà constituée. Je cherche encore la porte qui me mènera à ma singularité.

La propension à ne pas terminer les écrits commencés. Dans la finitude, une rupture que je ne peux accepter.

Quitter, c’est toujours une douleur insupportable. Je préfère faire comme si tout continuait malgré la mort annoncée.