Suite sur le transfert (2009-2010)

«Ce dont il s’agit dans le désir, c’est d’un objet, non d’un sujet. C’est en ce point que gît ce que l’on peut appeler le commandement épouvantable de dieu de l’amour. Ce commandement est justement de faire de l’objet qu’il nous désigne quelque chose qui, premièrement, est un objet, et, deuxièmement, un objet devant quoi nous défaillons, nous vacillons, nous disparaissons comme sujet. Car cette déchéance, cette dépréciation, c’est nous, comme sujet, qui l’encaissons. Ce qui arrive à l’objet est justement le contraire. (…) cet objet, lui, est survalorisé. Et c’est en tant qu’il est survalorisé qu’il a la fonction de sauver notre dignité de sujet, c’est-à-dire de faire de nous autre chose qu’un sujet soumis au glissement infini du signifiant. Il fait de nous autre chose que le sujet de la parole, mais ce quelque chose d’unique, d’inappréciable, d’irremplaçable en fin de compte, qui est le véritable point où nous pouvons désigner ce que j’ai appelé la dignité du sujet.» (Lacan, Le séminaire VIII, Le transfert, Paris : Seuil, 1991, p.203.)

L’autre dans l’amour de transfert n’est jamais seulement autre, il est Autre, il est plus que soi. Il n’est pas sujet, mais objet suprême. L’œuvre ne peut advenir que par delà le deuil de l’Autre, quand l’Autre redevient autre. «(…) le dernier ressort du désir, qui oblige toujours dans l’amour à le dissimuler plus ou moins – sa visée est la chute de l’Autre, A, en autre, a.» (Lacan, ibid., p.209.) Le commencement de la déchéance de l’Autre advient quand l’Autre fait apparaître à l’autre qui le désire un vide, un manque premier, quand il lui montre sa supercherie.

«A est défini pour nous comme le lieu de la parole, ce lieu toujours évoqué dès qu’il y a parole, ce lieu tiers qui existe toujours dans les rapports à l’autre, a, dès qu’il y a articulation signifiante. (…) cet Autre tel que je vous apprends ici à l’articuler, qui est à la fois nécessité et nécessaire comme lieu, mais en même temps sans cesse soumis à la question de ce qui le garantit lui-même, c’est un Autre perpétuellement évanouissant, et qui, de ce fait même, nous met nous-mêmes dans une position perpétuellement évanouissante.» (Lacan, ibid., p.202.) L’Autre du désir de transfert ne peut tenir sa fonction que partiellement, il s’évanouit toujours laissant voir sa vraie nature à l’autre et c’est alors que ce dernier est déçu ou alors qu’il commence à pouvoir se tenir par lui-même.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s