Exposer sa solitude (2018)

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Espace du dedans. 2018. Acrylique sur toile. 61 x 61 cm (chaque tableau). Photo: Paul Litherland.

Je ne sais plus d’où je pars pour affronter le monde.

Les heures, les jours passent. Rien pour les retenir.

Il y a la mort qui pointe au loin.

Ici, j’essaie d’y échapper. Ici, j’essaie d’être.

Peindre m’est essentiel. Écrire me vient naturellement à la suite du tableau.

Il y a une exposition.

Des regards anonymes vont voir mes tableaux.

Ces regards sont lointains.

Seuls des regards extérieurs peuvent voir mes tableaux, mais je ne sais pas s’ils ont envie de les voir ni s’ils sont capables de les voir.

Exposer, c’est rencontrer la solitude de l’autre, en être atteint, mais ne pas pouvoir y remédier. C’est lancer une perche en sachant qu’elle ne reviendra pas.

Il y a des tableaux sur les murs. Ce sont mes tableaux. Je le sais parce que je me rappelle les avoir faits. Je les regarde, mais je ne les vois pas. Je ne vois pas mes tableaux. Je suis trop à l’intérieur d’eux pour les voir. Ils ne me font pas désirer. Je suis déjà quelque part ailleurs, tendue vers le prochain projet.

Ce projet en sera un d’écriture.

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Abstraction (2008)

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Désir d’abjection (2008), acrylique et médiums mixtes sur toile, 153 x 122 cm. Photo: Richrd-Max Tremblay.

Il s’agit d’aller au cœur du sentiment tout en restant à l’écart. Au cœur, il y a l’étrangeté et dans l’étrangeté, une universalité.

L’abstraction fait parfois dire des naïvetés sous une apparence de complexité.

Me laisser porter par les vagues, par le courant d’une rivière et ne sentir que l’air frais entre les feuilles qui m’effleurent la peau. J’ai envie d’aller dehors, dans la nature. Même si la nature est d’abord à l’intérieur, c’est-à-dire aussi à l’extérieur, l’intérieur et l’extérieur n’étant que l’envers et l’endroit d’une même réalité.

Les lieux de Bob Dylan (2008)

J’y ai mis sa tête. Pour l’autre, cette tête est anonyme. Pour moi, elle est très intime. De l’avoir mise là me donne l’impression d’avoir ouvert une porte.

Mes dessins parlent de voyage et de voyage en tant que mouvement d’ouverture à l’autre dans le cercle des intimes.

Il faut aller dans la respiration d’une idée.

Ma méthode est de rester au plus près d’une recherche de paroles quand elle s’ancre dans la matière et d’en faire surgir la pensée.

J’écoute Bob Dylan et comme lui, je voudrais occuper ce lieu sans nom, sans visage, ce lieu où hier, aujourd’hui, demain sont dans la même chambre, un lieu où tout est possible.

Oublie et retourne à la complexité de la vie, parce que ce qui est simple n’est qu’un rêve.

Embrasse-moi, mais jamais.

En inventant ma vie, je rends possible des mouvements qui me portent ailleurs que dans les clichés.

La normalité est souvent une notion remplie de névroses.

Vivre à l’extérieur de soi pour être heureux, c’est toujours la réponse que nous donne une société avide de produits de consommation.

La technique peut devenir une prison dans laquelle on pense trouver son salut.

Je pratique non pas l’abstraction de ce que je vois d’une réalité qui me ferait face, mais plutôt l’abstraction d’une essence d’expérience. Cette essence n’est pas une entité désincarnée au-dessus du réel, mais le concentré d’un sentiment, d’un rapport à l’objet.

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Caresse (2008), acrylique et médiums mixtes sur toile, 153 x 122 cm. Photo: Richrd-Max Tremblay.

Le corps d’une pensée (2008)

« Une page est une traversée respiratoire, quelque chose à nager : on écrit pour emmener avec soi et pour exténuer quelqu’un. Ce n’est pas simplement notre parole qui est respirée, expirée, rythmée, ponctuée, c’est la pensée qui va comme ça : en soufflant, par bouffées, par ouverture et asphyxie. La pensée respire, brûle sans cesse. Pas de repos pour nous. La pensée est le temps. Notre présence dans la parole. » Novarina, Pendant la matière, p.74.

La pensée est physique. Le nœud est à dénouer dans une manière de vivre.

Une présence (2008)

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Journal intime (2008)

Dans l’endormitoire de mes sentiments, une porte s’est ouverte et je ne suis plus capable de l’oublier. Quelque chose n’a pas été terminé.

Je suis habitée par sa présence, une présence marquée d’absence, de dépouillement, de filaments d’impressions.

Je fais dans le très peu et c’est là que j’y réussi le mieux. Le peu qu’il reste à dire.

Du collage, des transferts de photos. J’additionne, ajoute. Avec des traits très graphiques. Savoir s’arrêter à temps, c’est vrai en dessin, c’est vrai dans les rapports avec l’autre.

Je n’aurais pas envie d’insister.

Fausser la vie.

J’y mets de la figure, du mouvement, des taches. Du corps. Faire respirer la surface.

Le souffle tranquille d’une voix qu’on n’arrive pas à oublier. Le regard porté sur soi avec désir. Les silences qui nous font être ensemble.

Travailler l’écriture comme une peinture, c’est-à-dire en mettre le plus possible devant soi et ensuite éliminer, découper, retrancher, reformer.

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Journal intime, détail (2008)