Plénitude brisée (2007)

« L’existence, c’est le fait qu’un individu humain n’est pas un simple organisme biologique, un simple mouvement vers la vie, c’est un grand mouvement vers le sens, la conscience de soi et la plénitude. Mais tout cela, à travers des activités bien précises. »[1]

La peinture ou plutôt l’acte de peindre est toujours en quelque sorte une recherche de plénitude. Mais cette recherche de plénitude n’advient jamais.

 

[1] Marie de Solemne, Entre désir et renoncement, Dialogue avec Robert Misrahi, 2005 (1999 première édition), Albin Michel, p.17.

 

Publicités

Le rêve d’une étrangère (2007)

J’ai fait un rêve. C’était une petite fille au visage de femme. Elle avait les cheveux blonds et longs avec une moustache de la même couleur. Son corps était tenu enveloppé dans un cocon. Il y avait seulement les extrémités qui étaient libres de mouvement. Je venais d’accoucher de l’œuf duquel était sortie la petite fille au visage de femme. Cette petite fille m’était complètement étrangère et pourtant elle était sortie de moi. Elle était hybride, androgyne. Ses seins, son sexe étaient cachés. Elle n’avait pas de voix. Elle souriait. J’étais contente qu’elle soit de moi, mais je ne me reconnaissais point en elle.

Du pinceau au crayon (2006)

Pour la dernière série de tableaux faite cet hiver et ce printemps, j’ai laissé tomber mon pinceau chinois pour des crayons à l’aquarelle que je diluais dans l’eau pour dessiner mes traits. Ces traits, contrairement à ceux que je faisais dans ma série des grands tableaux verticaux, ceux que je traçais de rouge, de blanc et de médium transparent, je les faisais dans un mouvement obsessif. Le crayon retournait sur les chemins déjà empruntés pour les marquer davantage créant des réseaux de lignes et formant des constellations ou encore des paysages énigmatiques. J’ai travaillé dans la répétition et la superposition. L’épuration a fait place à l’abondance.

J’ai fait ces dessins sur le même papier translucide, celui utilisé dans mes deux dernières séries : un papier léger et délicat, moderne dans sa constitution.

La question de Dieu ne m’est pas venue à l’esprit lors de ces séances avec mon crayon. La méditation non plus n’était plus une préoccupation. Le vide a fait place à un plein. Mon emploi à la bibliothèque accompagnait les moments à mon atelier. La bibliothèque comme lieu de travail et non comme lieu de lecture fut un modérateur qui a mis un frein à ma réflexion tout en me donnant l’espace libre pour créer par instant.

Arrêté. Faire silence et penser, penser au problème d’une peinture. Je cherche la couleur qui me fera sentir chez-moi, une peinture qui s’éloignera du spectaculaire.

arabesque 16
Arabesque 16. Crayon aquarelle sur papier mylar. 2006.

Je cherche à m’approcher des peintures d’Agnes Martin, elle qui peint des lignes d’une couleur discrète, presque invisible : des bleus, des jaunes, des roses très pâles. Tranquille.

Pour un clair-obscur (2006)

On fait étalage de ses sentiments, de son corps en public. Il n’y a plus de dévoilement, seulement de la monstration. Pourtant la pudeur est la marque de la civilisation.

Nous vivons à la lumière des néons, une lumière blanche, crue, sans nuance

Peut-être faudrait-il revenir au clair-obscur, au silence, à une petite lampe dans le coin de l’appartement qui éclaire d’une manière feutrée le corps nu de l’amant.

Peindre la lumière, avec ses nuances de gris, de bleutée. Peindre des corps dissimulés dans la nuit. Peindre seulement des parties de l’homme, c’est faire vivre ce qu’il y a de plus humain dans l’humanité.

Le travail pousse vers l’extérieur, l’écriture tend vers l’intérieur. Le travail est nécessaire à la survie, l’écriture à la vie. On travaille pour l’argent, on écrit par nécessité. Quand le travail prend toute la place, l’esprit n’est plus, il reste le corps mécanique, celui qui mange, boit, respire, mais qui n’a plus cette touche essentielle à sa démarche, cette touche qui le rend humain. L’animal en l’homme travaille pour ne pas manquer, l’homme sait vivre avec le manque pour le faire parler