Entre le Christ et Démon (2005)

Il y a la nuit, parfois. « Je ne sais plus d’où je viens, je sais encore moins où je vais. Je te vois continuant de me faire signe d’aller vers toi mais je n’entends pas les paroles telles qu’elles s’impriment dans ma chair.[1] » Quand ça ne va plus, il s’adresse au Christ. Cette adresse est pleine d’espoir, car il croit, oui c’est un « croyant ». D’une chair plus immatérielle que la nôtre, la vie peut émerger à nouveau.

Comme avec Démon, son chien, le Christ est un point limite où l’homme n’est plus, mais où il y a la vie, encore. L’animal dans ce qu’il a de plus terrestre et le Christ dans ce qu’il a de surnaturel se rencontrent dans ces pages du journal. Du surnaturel, comme de l’animal, il y a l’espoir d’un réconfort, celui d’une vie meilleure quelque part en ce monde.

« Je n’écris que pour toi [Christ]. Le non-sens absolu. » Cette adresse pourtant ne pourra que lui répondre par un vide. Guay nage dans l’absolu. Les hommes le déçoivent.

Il y a l’Autre monde et il y a l’ici-bas. Entre les deux, il y a l’enfant. Guay ne peut se résoudre au jeu des apparences. Il cherche une parole pure. Il aime ce qu’il y a de plus innocent en ce monde. Comme si sa parole, contrairement aux autres paroles littéraires, était plus vraie, plus juste, parce que plus simple et plus authentique. Comme si l’authenticité était une question d’innocence, de pureté et de fragilité.

La parole de Guay est plus qu’un récit introspectif, elle est prière, une manière de recueillement avec l’Autre, ici le Christ. « Écrits, mes mots restent de ce monde s’ils l’ont été pour toi. Ils sont prière quand je les mets sur le papier.[2] »

L’intériorité de Guay est perméable. Il nous y invite. L’Autre est présent dans cette parole. Dès qu’il y a une voix, une parole véritable, il y a de l’Autre à moins que ce ne soit « la parole du fou ».

Bien qu’il cherche la transparence, sa prière est empreinte d’opacité. La transparence de Guay n’est atteinte que par l’entremise de l’écriture. Les mots déportent de la toute présence à soi. Il y a une transgression de l’unité parfaite tant recherchée. Nous ne sommes jamais dans le même. Comme le dit Lévinas dans Totalité et infini, le même n’est jamais que par sa contrepartie : l’Autre. L’écriture appelle l’Autre du sein d’un soi auquel on voudrait se fondre.

 

[1] Guay, ibid., p.22. (fragments…)

[2] Ibid., p.23.

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