Inspiration (2017)

« Avant de prendre le pinceau, il faut que la pression de l’inspiration soit haute. (…) Avant de peindre, toute la question est de cultiver l’inspiration, soit en contemplant les nuages et ses sources, soit en observant les fleurs et les oiseaux, soit en se promenant et en récitant des poèmes, soit en brûlant de l’encens et en buvant du thé. Dès que l’esprit a trouvé, que la main démange et que l’inspiration jaillit, il faut déployer papier et pinceau. Quand l’inspiration est épuisée, il faut s’arrêter de peindre et ne reprendre que quand elle revient. »[1]

Question révolue pour les contemporains. Quant à moi, je ne saurais peindre sans cette inspiration.

Quand il n’y a plus d’inspiration, la mort s’installe dans l’œuvre. L’espace pictural devient plat et sans envergure, la peinture trop prévisible. Elle est bien faite, dit-on, mais elle ne dit rien.

Avec l’inspiration vient la découverte, l’inattendu.

Le travail ne suffit pas, bien que l’inspiration vient avec le travail, mais le travail préparatoire n’a plus rien à voir avec l’acharnement et la volonté. Il faut abandonner le labeur du travail pour bien travailler.

On ne peut pas commander l’inspiration, mais elle vient au prix d’un effort quotidien. Cet effort de tous les instants est celui d’une attention à ce qui vient de l’intérieur. C’est savoir reconnaître le bon moment.

Je ne peux être à l’écoute de ce qui vient de l’intérieur qu’en me retirant du monde, qu’en cultivant la pensée, qu’en pratiquant et ralentissant mon geste.

Lire est essentiel pour approfondir l’esprit et la compréhension de soi et du monde. Écrire est essentiel pour ressaisir l’expérience et penser ce qui vient d’être fait, lu. Pratiquer le geste créateur vient s’ajouter comme un liant à l’écriture et à la lecture.

Quand je fais, je porte toute mon attention à ce qui se présente devant moi. Mais ce qui guide mon geste vers l’extérieur doit être une attention à l’état intérieur qui précède le mouvement vers l’extérieur. L’œuvre picturale, pour parler de la peinture et du dessin, est la jonction entre ce mouvement intérieur et ce qui se présente à la vue. Le geste est un mouvement de va-et-vient entre ces deux états d’être. Il y a inspiration quand il y a concordance entre les deux.

Ce que Shitao a dit du processus créateur est inactuel. Avec l’inactualité vient l’humanité.

[1] Shitao, Propos sur la peinture du moine citrouille-amère, trad. Pierre Ryckmans, Paris : Hermann, 1986. p.135.

 

 

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