Le peintre philosophe (2005)

Le peintre est un philosophe de l’expérience. Il reste attaché à la matière, même quand il fait de l’abstraction. La couleur et le geste sont ses points d’ancrage.

Le temps fait partie de l’œuvre. Il n’y a pas d’œuvre sans une épaisseur de temps. Et avec le temps, une indétermination nécessaire.

Entre chaque fragment, il y a l’espace d’un silence signifiant. La respiration de la parole.

La réflexion sort de la pratique et y retourne. Sans quoi elle est pure philosophie.

La peinture pense plus vite que moi. Elle est l’événement que je mets ensuite en parole.

Jamais les problèmes picturaux ne sont de simples problèmes techniques. Dans chaque problème pictural se cache une question philosophique.

Dans la peinture monochrome, la profondeur devient cette surface uniforme.

Si je place la peinture sur le sol, elle appelle plus directement le toucher.

René Denizot écrit ceci à propos de la peinture de Marthe Wéry : « Il y a l’urgence d’un présent, dont l’événement, remarque Rilke, possède une telle avance sur ce que nous pensons qu’il délivre la pensée du savoir et ses représentations qui l’accaparent, mais qu’il la livre, dans le désoeuvrement des artifices et la vacance du donné, à l’événement de la peinture.[1] »

La peinture est un présent du faire. Elle est le concentré d’une réflexion, avant qu’elle ne se prenne dans le caractère fermé du concept.

René Dénizot continue ainsi en parlant de la peinture : « Une vue sans objet, sans sujet, une vue sans retrait aveugle et évide ce que nous croyions savoir, ce que nous voulions voir. Voir sans savoir. Là où le regard bée, être saisi d’une vue qui nous met hors de nous, exposé à l’éclat du paraître comme entre le soleil et l’œil le voyant de la lumière.[2] »

Le monochrome nous laisse sans vue, puis en même temps avec trop de vue. Trop peu et trop plein à la fois, mais toujours il nous surprend. Que faire avec le monochrome ? Ce dernier pose d’emblée la question du sens de la peinture. Une question qui ne peut se résoudre que par le passage dans le faire du peintre.

 

 

 

 

[1] René Dénizot, « Urgence » dans Marthe Wéry, Un débat en peinture/A Debate in Painting, p.124.

[2] Ibid.

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