Le non-agir (2005)

Dans une sorte de méditation, je continue à ne rien forcer, à pratiquer le non-agir des Orientaux. Le non-agir n’est pas une non-action, mais une action qui suit le cours des événements. C’est agir sans aller à contre-courant.

La couleur renvoie à ce qui est humain dans un tableau. Elle apporte de l’émotion dans la peinture. Et l’émotion n’est pas ce sentiment précipité qui nous prend parfois, c’est plutôt ce qui se joue lentement en soi, mais qui module la perception, qui rend la perception et l’expérience texturées.

Par la couleur, le monochrome est loin d’être vide. Il est plein de quelque chose qui fait sensation. On a envie d’y toucher, d’y plonger, de s’y abîmer, d’entrer à l’intérieur du tableau. Il n’est pas coloré, comme on dit «c’est coloré». La couleur ne vient pas remplir une forme. Elle est toute là, pour elle seule.

La couleur seule porte à la contemplation. Elle participe du non-agir.

Publicités

Le silence du peintre (2005)

« Le silence n’existe pas. Il n’est qu’un lieu, un espace-temps, occupé par des pensées et des affects ou même donnant le sentiment d’un vide impossible à combler – mais toujours peuplé de fantasmes.[1] »

Le silence habite le travail du peintre. Sa main et ses pensées suivent le cours de ses gestes. Il est dans une pensée de l’événement. L’événement est la peinture en train de se faire, tranquillement, avec les obstacles qu’elle rencontre. Le temps du faire reste silencieux et discret.

Le travail du peintre n’est pas de l’extraordinaire, mais du quotidien. L’artiste se lève, va à l’atelier, et là, dans cet espace singulier, il fait.

L’attention du peintre est dans chaque geste de la main. Les gestes sont généralement simples, répétitifs même. Ses gestes sont ceux de l’artisan, même si son projet dépasse l’artisanat. Sa voix est dans la multiplicité des gestes qu’il fait avec attention.

Le philosophe construit, abstrait, le peintre fait dans le concret de la couleur et de ses pinceaux.

La peinture permet aux pensées de retrouver le lieu d’où elles surgissent ; dans le corps en train de faire. Là, la parole du peintre est simple.

Le silence de la peinture est rempli de toutes ces choses qu’on ne dit pas, mais qu’on pense tout de même librement. Le travail de la main permet cette liberté de penser sans attache.

Le peintre a cette chance de pouvoir pratiquer l’écoute flottante de la parole intérieure. Dans la solitude de l’atelier, le silence de l’autre fait qu’en soi ça parle longtemps. C’est ce qui permet au vide d’être également un plein.

Le silence appelle une présence qui n’est pas tout, mais qui est là tout de même avec insistance. La présence se fait sentir dans les gestes qu’on répète. Être présent, c’est être en train de faire avec simplicité et détachement. Dans la présence, la parole joue toujours, elle passe sans s’arrêter sur un objet. Elle traverse le sujet.

Le sujet n’est pas l’objet, Le sujet est là d’où ça vient et l’objet là où ça s’en va. Quand l’objet est trop présent, plus rien ne vient. L’entre-deux est l’idéal, il n’est jamais accessible cependant dans sa pureté.

[1] Sylvie Karila, « L’analyste et ses silences » dans Le silence, la force du vide, Éditions Autrement : Paris, 1999, p.142.