Entre Guay et Julien (2005)

Jean-Pierre Guay a cette façon d’approfondir par la répétition d’une trace qui n’a l’air de rien.

Plutôt que de construire en s’élevant au-dessus du réel, il s’agit plutôt d’entrer à l’intérieur du mouvement continu de l’expérience et attendre de là que s’impose une parole. François Julien, en parlant de la pensée de Wang Fuzhi, le dit ainsi : « (…) l’invisible n’existe que comme principe de toute actualisation (en tant que li), au sein même du visible et non pas séparé de lui, et n’a donc d’autre réalité possible que dans le cadre du procès de transformation continu auquel est soumis le concret (…)[1] ».

Entre Julien et Guay, il y a l’écart de l’expérience. Quand Julien décrit de l’extérieur l’intrication du vide et du plein de la pensée chinoise, Guay m’y plonge de l’intérieur. Quand je lis le discours de Julien, discours de philosophe, je me retrouve devant la surface, quand je lis Guay, je m’y retrouve à l’intérieur. À l’intérieur du Journal de Guay, dans ce « je » intime, je rencontre le vide, l’absence, le souffle du vent, à l’extérieur de ce « je » ; dans le discours de Julien, je rencontre un plein opaque qui me résiste. Je cherche une voix quelque part entre les deux.

[1] François Julien, Procès ou creation, une introduction à la pensée des lettrés chinois, Paris : Seuil, 1989, p.111-112.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s