Dépouilleuse (2005)

« N’être rien. Ne rien voir devant soi. Ni derrière, d’ailleurs. L’enchaînement par le vide. Une touffe d’herbe au milieu du gravier. Rien ne bouge que la brise elle-même, une brise trop chaude pour remuer quoi que ce soit. Où suis-je. En quelle partie de mon corps me suis-je tapi. Nulle part. Je suis là, sans autre choix que d’y être. Le jour, la nuit : quelle différence.[1] »

Extrait du Journal de Jean-Pierre Guay

 

Le silence est toujours habité par quelques présences. Dans ces instants de suspension, le temps semble courir sans soi.

Se retrouver dans un lieu non localisé dans l’espace géométrique, un lieu dont les frontières sont sans cesse remises en question. L’atelier, quand il quitte les murs opaques qui le cadrent dans un espace identifiable, devient l’ailleurs qui revient me visiter chaque fois que je me retrouve seule, à l’extérieur, à l’intérieur, quelque part entre les deux. L’atelier est un nom pour décrire un espace qui traverse la surface du réel, sans pour autant se cacher ailleurs que dans cette surface, un espace où l’on ne se sent nulle part et complètement là, présent à cet univers. Je suis quelqu’un pour aussitôt l’oublier, me dissoudre dans le cours des événements sans y perdre la raison. Écrire. Une trace. Je ne construis rien, je ne détruis rien. Je laisse les mots ou les gestes venir, se déposer, là. Je viens me dépouiller.

Venir chaque jour rencontrer ce vide et se dépouiller d’un trop-plein d’existence, même quand la journée semble vaine et sans couleur, grise comme le ciel à l’automne.

Il n’y aurait pas un non-être qui s’opposerait à l’être, il n’y aurait qu’un vide et un plein qui s’entrecroiseraient. Le vide n’est pas rien. Il serait l’espace ouvert qui permet au chemin de continuer et de prendre des allures inattendues.

Parfois, les pensées sont arrêtées. Quand j’écris dans cet état d’absence, j’écris mes meilleures pensées : celles que j’ai habitées jusqu’au bout.

Évidence : voilà un mot que je n’aurais jamais pu écrire en étant devant la philosophie et non en elle. Je ne suis qu’une dépouilleuse.

La question de la fin rejoint inévitablement la question de l’origine, l’une et l’autre n’étant au font qu’une seule et même question : entre les deux, des traces, des résistances qui nous font désirer.

[1] Jean-Pierre Guay, Fragments, déchirures et déchirements, Montréal : Les Herbes rouges, 2003, p.83.

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