Un rouge coquelicot (2005)

 

Une résistance me fait hésiter. Je ne sais pas ce que je cherche. Je sais qu’il me faut un fil, un état intérieur particulier pour commencer. Parfois j’essaie quelque chose et je vois que ça ne pourra pas continuer dans cette direction, alors j’essaie une autre voie. C’est souvent un meilleur chemin, mais ce n’est jamais certain. Je me suis aperçue que plus je cherche loin de moi, moins je trouve, comme s’il fallait trouver un fil à portée de main pour pouvoir le suivre. C’est une voie intérieure, mais empreinte d’extériorité, d’altérité. Elle est mêlée de toutes sortes de faits de l’existence qui lui donnent sa consistance : quand on va au-delà de ces faits, on trouve sa direction.

Comment ? Sans cesse la même question qui revient sans qu’on sache y répondre. On pourrait très vite répliquer que l’on ne sait pas, que ce n’est jamais la même chose, que c’est toujours une surprise le « comment ça se fait ? ». Je reviens toujours à l’écriture par insatisfaction, pour essayer en vain de résoudre la question sans jamais y parvenir. Au centre de la réponse, il y a le vide.

C’est quand même curieux, juste ça : je peux arrêter ou continuer. Je pourrais tout laisser tomber après une seule phrase et même après un seul mot. Et puis non, je choisis toujours de continuer. L’espoir revient, non pas en quelque chose qui dépasserait ces petits gestes qui n’ont l’air de rien, mais seulement l’espoir en la nécessité d’être. Non pas exister, mais être, c’est différent. Dans exister, il n’y a aucun effort à faire. Être, au contraire, n’est jamais acquis. Il faut cesser de vouloir exister à tout prix pour être.

J’écris, je peins pour apprendre à rester le plus longtemps possible « centré dans le faire ».

Le nom « Dieu » ne me dit rien, même s’il reste quelque chose de lui dans ce que je fais. Peut-être coïncide-t-il avec le point de fuite, celui vers lequel on tend, à hauteur d’homme, mais qu’on n’atteint jamais.

Je reviens toujours au rouge coquelicot. Une couleur qui n’a rien à voir avec le sang du guerrier, plutôt avec une jouissance pure qui vient dans ce faire étrange qui me rapproche de la question de Dieu : une question qui interroge l’être au-delà de l’existence.

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