L’extase (2004)

L’expérience de création serait un travail d’oubli de l’écart qui me sépare de l’autre, mais aussi un travail de mise à distance de soi. Il y a l’expérience d’extase où je me sens remplie non par « une personne », mais par personne. Personne n’est là à mes côtés pour me caresser, ni encore pour me parler, personne n’est là, mais je ne suis pas seule. Je m’adresse à quelqu’un dont j’ignore le nom, la réalité. Quelqu’un est là quand je fais ma peinture, il me regarde, je pense à lui, quelqu’un qui n’est personne en particulier.

Avec ce quelqu’un qui n’est ne peut n’être personne je me sens en communion, un sentiment de plénitude m’envahit. Le vide disparaît tranquillement. Ce ne saurait être simplement dû à la contemplation. L’extase advient avec une trace jetée au-dehors, une trace dans laquelle je porte toute mon attention. Cette trace accompagne l’état de plénitude comme une moitié nécessaire. Elle n’est pas un simple accessoire de méditation. La trace est le support de l’expression qui vient avec l’extase. Je n’entends pas l’expression comme un moyen de communication, un message à transmettre. Je parle de l’expression comme un passage, une ouverture qui laisse traverser non pas quelque chose, non pas des mots, mais un mouvement vers quelqu’un. Il y a un mouvement vers quelqu’un, toujours, bien qu’il n’y ait personne. Et c’est même une condition à l’expression qu’il n’y ait personne à l’horizon. Dans le moment du geste créateur, la trace est ce qui cadre et rend possible l’état de plénitude propre à la création, en tant qu’elle sort de l’en-soi pour tendre vers quelqu’un. La trace du fait même qu’elle a un début et une fin impose une limite temporelle précise à ce moment d’exaltation. Elle devient nécessaire pour mettre un frein à cet état. S’il dure trop longtemps, il risque de faire obstacle à l’expression, il devient complaisance ou encore destructeur de l’œuvre et du créateur. Cet état de bien-être qui fait suite à la traversée de la résistance de l’objet peut rapidement devenir une fuite devant l’altérité qui accompagne tout rapport à soi, à l’autre.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s